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La réforme de l’assurance maladie
en Tunisie a été engagée en 1996 suite à une décision présidentielle,
dans un contexte marqué par une insatisfaction de l’ensemble
des acteurs concernés, exprimant d’une certaine manière «
l’épuisement » du système de couverture maladie. En effet,
après avoir, des années durant, concentré leurs efforts sur
l’extension de la couverture sociale, ce qui a permis de porter
le taux de couverture de 55% en 1987 à 90% en 2006, les pouvoirs
publics ont entrepris de rendre le système plus équitable,
d’améliorer tant la qualité que l’accès aux soins et de maîtriser
l’évolution galopante des dépenses. Depuis, une large concertation
a été lancée et a permis de dessiner les grandes lignes de
cette réforme dont les principes ont été fixés par la loi
N° 2004-71 du 2 août 2004.
La concrétisation de la réforme a été initiée le 1er juillet
2007 par la fusion des branches maladies des divers régimes
de sécurité sociale au sein d’un nouveau régime unique offrant
les mêmes prestations à tous les assurés, appliquant un même
taux de cotisation et administré par une seule caisse créée
à cet effet. Avec ce nouveau régime, l’accès à l’offre de
soins privée, longtemps ignorée par l’assurance maladie obligatoire,
est désormais possible et de nouvelles mesures ont été mises
en place afin de maîtriser les coûts.
Le contexte et les principales raisons de la réforme
L’iniquité du système
L’assurance maladie, instaurée en Tunisie au début des années
cinquante, est composée de plusieurs régimes publics et privés
gérés principalement puis exclusivement par deux caisses de
sécurité sociales assurant respectivement la couverture des
secteurs public et privé.
Ces régimes offraient aux assurés sociaux un accès direct
et exclusif aux soins prodigués dans les structures sanitaires
publiques, avec paiement d’un ticket modérateur ; seul le
régime des travailleurs du secteur public dérogeait à cette
règle en donnant à ses affiliés la possibilité d’opter pour
un libre accès aux prestataires publics ou privés de leur
choix, moyennant l’avance des frais de soins et le remboursement
ultérieur. A cette inégalité dans les prestations s’ajoutait
celle des taux de cotisation qui pour certains régimes (secteur
agricole notamment) étaient fixés à un niveau relativement
bas.
L’exclusion de l’offre de soins privée du champ de couverture
de l’assurance maladie
Jusqu’au début des années 80, l’accès limité au seul secteur
public, qui dominait l’offre de soins et arrivait à satisfaire
les besoins de la population, ne constituait pas un handicap
pour les assurés. D’ailleurs, c’est grâce au rôle crucial
de ce secteur et aux nombreux programmes sanitaires nationaux
dont il était le principal instigateur, qu’il a été possible
d’obtenir une amélioration remarquable des indicateurs sanitaires
du pays.
Toutefois, face à l’incapacité du secteur public à s’adapter
aux besoins croissants de la population soumise d’une part
aux effets d’une double transition démographique et épidémiologique,
et d’autre part à l’expansion remarquable du secteur privé
durant les vingt dernières années d’autre part, les assurés
se trouvaient de plus en plus dans l’obligation de recourir
à ce dernier même s’ils devaient supporter seuls les frais
de soins.
La prolifération des formes de couverture parallèles
Cette situation a incité les compagnies d’assurance et les
mutuelles à développer des formes d’assurances complémentaires
couvrant les services proposés par le secteur privé, ce qui
s’est traduit par des charges supplémentaires, supportées
principalement par les employeurs et qui, couvraient de surcroît
les mêmes risques que les régimes légaux.
L’évolution rapide des dépenses de santé
L’augmentation des dépenses de santé était inquiétante à double
titre ; d’une part en raison d’un rythme qui laissait craindre
une véritable explosion de ces dépenses dans le futur proche
et d’autre part, par le fait que cette augmentation se faisait
principalement aux dépens des ménages.
Figure 1: Evolution des dépenses totales de santé en pourcentage
du PIB
Figure 2: Evolution des dépenses de santé selon les sources
de financement (en million de dinars)
Les principes de la réforme
Partant des objectifs d’équité, d’amélioration de l’accès
aux soins et de la maîtrise des dépenses de santé, les principes
de la réforme ont été fixés par le gouvernement comme suit:
- Unifier les régimes obligatoires et assurer une couverture
suffisante de tous les risques;
- Maintenir les formes de couvertures complémentaires en évitant
le double emploi;
- Etendre l’assurance maladie à l’offre de soins privée tout
en rationalisant les relations payeur/prestataires et en préservant
la cohérence du système sanitaire avec ses deux composantes
publique et privée;
- Impliquer tous les acteurs du système dans la maîtrise des
dépenses de santé.
La phase de conception
Compte tenu de l’ampleur d’une telle réforme, de son impact
sur l’ensemble des composantes du système de santé et de ses
implications politiques et socioéconomiques, une commission
nationale d’assurance maladie, regroupant des représentants
des caisses, des ministères de tutelle, des partenaires sociaux
et des conseils de l’ordre des professions médicales et pharmaceutiques,
a été très tôt mise en place afin de définir les orientations
de la réforme conformément aux principes retenus.
De longues années de concertation et parfois même de négociation
ont été nécessaires, sous la forte impulsion des pouvoirs
publics qui souhaitaient rapprocher les points de vues des
diverses parties au sein d’un consensus général avant toute
mise en application de la réforme. Des missions d’information
sur les systèmes d’assurance maladie dans certains pays d’Europe
ainsi qu’un programme de coopération technique impliquant
des experts des caisses françaises ont également été d’un
grand soutien à l’équipe chargée du projet. L’expertise de
cadres de la Commission européenne chargés du suivi d’un programme
d’appui à la réforme, établi entre le gouvernement tunisien
et l’Union européenne, a également été prise en considération.
La concrétisation
Le contenu de la réforme
La concrétisation a été marqué dans un premier temps par la
promulgation de la loi N°2004-71 du 2 août 2004, portant création
d’un nouveau régime d’assurance maladie. Parmi les principales
mesures annoncées par cette loi figurent:
- l’instauration d’un régime de base obligatoire unique et
unifié pour tous les assurés, dont la gestion est confiée
à la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) créée par
la même loi;
- la fixation d’un taux de cotisation unique pour tous les
assurés actifs (6,75% dont 4% supporté par l’employeur) et
d’un taux de cotisation de 4% pour les bénéficiaires d’une
pension;
- la définition d’un panier de soins explicite;
- l’ouverture de l’assurance maladie obligatoire sur les prestataires
du secteur privé dans le cadre d’un dispositif conventionnel
organisant leurs relations avec la CNAM;
- le maintien de la couverture complémentaire facultative
en limitant son champ d’intervention aux prestations et à
la part des dépenses de soins laissées à la charge de l’assuré;
- la création d’un Conseil national d’assurance maladie impliquant
tous les acteurs du système d’assurance maladie et avec pour
mission l’évaluation périodique du nouveau régime et la proposition
de mesures correctrices nécessaires.
En fait, cette loi a fixé les grandes lignes du nouveau régime
d’assurance maladie, laissant le soin aux textes d’applications,
objets de concertations entre les parties concernées, d’en
préciser les modalités pratiques.
Les préalables
La mise en application du nouveau régime d’assurance maladie
a nécessité d’œuvrer au préalable sur trois axes en parallèle:
L’achèvement du dispositif réglementaire
Cette action a été menée en grande partie en concertation
étroite avec l’ensemble des acteurs, dont principalement le
Ministère de la santé publique, les partenaires sociaux et
les représentants ordinaux et syndicaux des prestataires de
soins, en vue de parachever les textes d’application de la
nouvelle loi; ces textes portent notamment sur le contrôle
médical, le conventionnement, le Conseil national d’assurance
maladie, les modalités et taux de prise en charge des soins
et la majoration progressive des taux de cotisation.
On a pu ainsi fixer les mécanismes et les modalités pratiques
d’application du nouveau régime qui consiste à offrir aux
assurés sociaux le choix entre trois options de prise en charge,
selon des règles différentes ayant trait à l’accès aux soins
(prestataires publics ou privés), aux modalités de paiement
(à l’acte ou forfaitaire), aux modes de prise en charge (avance
des frais ou tiers payant) et au niveau de la couverture des
frais de soins (taux de prise en charge, plafonnement des
remboursements, prix de référence des médicaments…). Ces options
ne concernent que les soins ambulatoires. Pour l’hospitalisation,
les mêmes règles s’appliquent quel que soit le choix de l’assuré.
La mise en place de la CNAM
Aussitôt créée, la CNAM devait, en même temps que son établissement
au niveau central et régional, prendre en charge la gestion
des régimes préalablement gérés par les caisses préexistantes
et en assurer la continuité jusqu’au déploiement du nouveau
régime. La fusion des branches maladies de ces caisses au
sein de la CNAM impliquait parallèlement le transfert du personnel,
la logistique (locaux, équipements, véhicules…) ainsi que
la mise en place de son propre système d’information.
La conclusion des conventions avec les prestataires de soins
La négociation des conventions avec les organismes syndicaux
représentant les prestataires de soins privés, a nécessité
plusieurs rounds et parfois l’arbitrage du gouvernement notamment
sur les questions tarifaires.
Considéré comme étant un préalable indispensable, l’accord
sur les principales conventions avec les médecins, les médecins
dentistes, les biologistes, les pharmaciens et les cliniques,
n’est intervenu qu’à quelques mois du démarrage du nouveau
régime.
Le déploiement du nouveau régime
La mise en application du nouveau régime d’assurance maladie
a été progressive et a démarré le 1er juillet 2007; les différentes
étapes du processus ont concerné:
L’augmentation des cotisations
Les taux seront majorés annuellement sur une période de 2
à 5 ans, selon les régimes, pour converger vers un taux unique.
Les catégories d’assurés
Le nouveau régime s’appliquera à tous les régimes à l’exception
de ceux des étudiants et des travailleurs à faibles revenus
qui continueront de bénéficier des mêmes prestations qu’auparavant
et seront concernés ultérieurement.
Les prestations
L’ouverture sur l’offre de soins privée a été programmée en
deux étapes:
- La première a concerné le suivi de la grossesse et l’accouchement,
certaines maladies chroniques ainsi qu’une liste d’interventions
chirurgicales. L’assuré pouvait opter soit pour le remboursement
soit pour le tiers payant, selon des règles préétablies. Cette
première étape, qui n’a duré qu’une année, a permis aux trois
acteurs principaux (caisse, bénéficiaires et prestataires
de soins), de se familiariser avec les nouvelles mesures du
nouveau régime. Durant cette période, deux opérations de grande
ampleur ont également été réalisées: d’abord le choix des
options par les assurés (choix entre la «filière publique»,
la «filière privée» et le «système de remboursement»), ensuite
l’édition et l’envoi des cartes de soins.
- La deuxième étape, consistant en la mise en application
du nouveau régime avec toutes ses composantes, a été initiée
le 1er juillet 2008.
Par ailleurs, nombreuses actions de formation en faveur du
personnel de la CNAM et des prestataires de soins conventionnés
ont précédé puis accompagné chaque étape d’application de
la réforme. Aussi, une large campagne médiatique a été consacrée
à l’information des usagers sur le contenu du nouveau régime
et ses nouvelles règles, et devrait se poursuivre dans les
mois voire les années à venir.
Les pouvoirs publics mettent à présent l’accent sur la poursuite
de la modernisation du système de couverture maladie, en s’appuyant
davantage sur les nouvelles technologies, notamment au niveau
des procédures d’échanges de données entre la CNAM et ses
partenaires.
Région: International
Type: Features
Thèmes: Gestion des réformes , Santé
lien:
http://www.issa.int/fre/News-Events/News/Tunisia-Reform-of-the-health-insurance-system
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